Les tempêtes de la jeunesse secouant ma barque, je me suis accrochée de plus en plus à cette prière calmant les bourrasques, relevant le courage qu’une déprime menaçait, guidant ma recherche de vocation jusqu’à ce dernier stage au mois de mars 1985 où le prêtre qui m’accompagnait n’a pas hésité à me demander de dire une neuvaine de rosaires pour préparer la prochaine fête de l’Annonciation. A l’issue de quoi ma demande d’entrer au noviciat a réussi à franchir mes lèvres, faisant tomber toutes les digues qui me retenaient encore. Alors ce fut un débordement de joie pour mon entrée au monastère prévue à l’Ascension suivante. Etait-ce l’arrivée au port ? Certes non, mais le commencement de la grande traversée.
« Recherche la paix, poursuis-la » nous demande saint Benoît. Alors quand la tempête se lève, quand le flot des tentations se fait trop violent, je serre plus fort la main de Marie qui se tend à moi dans la prière du Rosaire qui canalise ma pensée, la concentre sur Jésus et Marie dans les différentes situations de leur vie offertes à l’attention du cœur. Comment ne pas évoquer ce jour où un décès brutal d’une sœur encore assez jeune avait frappé la communauté ? J’étais encore professe temporaire. Ma pensée s’était mise à tourner à toute vitesse en tous sens. Impossible de retrouver le calme et l’attention nécessaire à la prière. Il m’a fallu m’accrocher encore aux « je vous salue Marie » repris lentement en marchant dans les allées du parc, pour rééduquer ma prière, comme un enfant qui réapprend à marcher.
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